Présentation

Créé en 2014 par le groupe ADP, La Tribune et Forum Media, le Paris Air Forum réunit  une succession de  débats, de conférences et de keynotes faisant intervenir les personnalités qui font l'actualité, grands décideurs et experts des secteurs aéronautique, défense et spatial. L’objectif : décrypter les enjeux du présent et les défis de l'avenir pour mieux aborder les défis de demain. Comme à chaque édition, les nouvelles générations furent parties intégrantes de cette réflexion avec la présence d’une vingtaine de startups parmi les plus innovantes dans le Village de l'innovation. Le fil rouge du Paris Air Forum 2020 sera «Nouveaux horizons» avec pour objectif de mettre en lumière la mutation des relations et des process de l’aéronautique civile et militaire et l’espace ainsi que les nouveaux équilibres de la filière industrielle internationale la plus dynamique et la plus innovante.

EDITO Le temps de l’innovation

Par Max Armanet - Directeur du Paris Air Forum

Rapide et profonde, la rupture technologique que nous vivons est sans précédent. Le monde de l’aéronautique en est non seulement l’un des principaux contributeurs, mais aussi l’emblématique fédérateur de sa mise en œuvre. Le rythme d’apparition des innovations connaît un accroissement inédit. L’agenda de ce renouveau n’est pas sans poser de question ; il bouscule la prévisibilité de leur exploitation et bouleverse les modèles économiques qui les accompagnent, suscitant un problème de fond. Jusqu’alors, l’agenda économique accompagnait le changement enclenché. La succession de ces phases permettait de programmer l’amortissement des investissements ainsi que le financement des recherches nécessaires pour amener à maturité leurs remplaçants. La puissante accélération de ces cycles complique cette gestion planificatrice ; d’autant plus que la raison des financiers l’a emporté sur la stratégie des ingénieurs.

Exemple : jusqu’alors les frais de développement d’un nouvel avion de ligne s’évaluait à une quinzaine de milliards de dollars amortissable sur trente ou quarante ans. Or, si l'accroissement des innovations continue à cette cadence, le temps d’amortissement se réduit d’autant (dix ou vingt ans). L’impasse économique guette. Dès-lors, il est facile de comprendre l’embarras général et le choix des principaux acteurs mondiaux, de faire le pari des Gap Fillers. Ainsi, l’A320 Neo ou le 737 Max, en donnant aux avionneurs le temps d’amortir les programmes lancés, ont été les réponses économiques jugées soutenables dans cette conjoncture particulière.

Cette pratique d’accumulation d’innovations incrémentales sur des programmes anciens trouve ses limites. Une option d’autant plus fragile que de nouveaux entrants font le pari d’un grand bond en avant technologique pour combler leur retard. Ainsi, en matière d’espace, de mobilité, de communication, de défense, la Chine a l’ambition affichée de s’imposer comme un leader mondial d’ici 30 ans. Une ambition à prendre au sérieux ; absente des équipements de réseaux et de téléphonie en l’an 2000, la Chine, aujourd’hui, avec Huawei et sa 5G, s’est imposée comme le référent planétaire ; par ailleurs, autre distorsion concurrentielle, son investissement massif dans l’IA ne s’embarrasse pas des freins éthiques que s’imposent les démocraties afin de protéger la vie privée ; ce qui lui permet de doper l’apprentissage de ses algorithmes en s’appuyant sur l’utilisation sans frein des données de masses.

A l’ère de l’IA, la donne change. Le raisonnement cloisonné est obsolète : drones, lanceurs réutilisables, constellations de satellites, vols habités, enjeux environnementaux, contrôle du sol et du ciel, impact écologique du transport aérien, véhicules autonomes, systèmes de défense… tout l’univers de la troisième dimension s’exprime dans des ensembles complexes qui doivent faire place autant à l’acceptabilité sociale, au renforcement du lien de confiance, qu’à intégrer les pépites de la Supply Chain. Devant ces mutations, les sentiments d’inquiétude et de curiosité cohabitent chez nos concitoyens. Pour répondre positivement à leurs questions légitimes, leur donner du sens, les éclairer par l’éthique, il nous faut accompagner un effort de formation et d’éducation sans précédent, cela autant vers les producteurs que les utilisateurs. Tension créatrice, de nouveaux métiers intégrant ces paramètres, émergent dans cette conquête de l’air qui a permis la mondialisation. Pour la communauté des aviateurs, il reste à gérer cette transition entre court et long terme, à explorer ces nouveaux horizons toujours habités par le rêve et la passion.

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