« La puissance émerge quand on abandonne l’idée de pouvoir » Sandrine Roudaut, fondatrice de Alternité et des éditions La Mer Salée

« La puissance émerge quand on abandonne l’idée de pouvoir » Sandrine Roudaut, fondatrice de Alternité et des éditions La Mer Salée

Sandrine Roudaut, fondatrice de Alternité et des éditions La Mer Salée (Crédit photo : Delphine Chevrot)

Sandrine Roudaut a créé en 2001 Alternité, un cabinet de conseil en prospective et sensibilisation pour un monde soutenable et désirable et en 2012 la maison d’édition Les éditions La Mer Salée. Elle est installée dans la région des Pays-de-la-Loire. Nous lui avons demandé de partager son point de vue sur l’égalité entre les femmes et les hommes au niveau de l’entreprenariat. Pour elle, un nouveau monde est en marche. Les nouvelles économies liées au partage, à l’écologie, au bien être et au développement durables vcnt faire émerger un monde où la femme et l’homme seront complémentaires et égaux.

Pensez vous qu’une femme ait les mêmes possibilités qu’un homme de réussir à créer et développer son entreprise en France ?              

Ses qualités lui permettent d’avoir les mêmes chances, fondamentalement. J’entends souvent dire que les femmes n’ont pas confiance en elles. D’où vient ce préjugé ? Par contre je me demande si les hommes et les femmes ont assez confiance en les femmes. Les banquiers prêtent par exemple moins à des femmes. Je fais beaucoup de conférences et je me rends compte qu’il y a assez peu de femmes conférencière. Dans un programme de tables rondes, pourquoi appelle-t-on surtout des hommes ? Quand les médias font des sujets, pourquoi les invités experts sont-ils majoritairement des hommes ? Pour la Cop21, seuls des experts hommes ont été invités à se prononcer dans Le Monde. Or précisément dans ce secteur de l’écologie et du développement durable, les femmes sont très nombreuses. La vraie question est donc de savoir de quel monde nous parlons. Il y a un monde dans lequel il y a moins de femmes entrepreneures. Mais il y a un monde, celui dans lequel j’évolue et que je viens de citer, de l’écologie, du développement durable, de l’économie du partage, de l’open source, dans lequel il y a énormément de femmes entrepreneures. Il y a des femmes qui ont monté des entreprises de cosmétique bio, il y a l’économie circulaire. Dans ce nouveau monde, les femmes sont très bien accueillies. Cela dépend donc de quel monde nous parlons.

Connaissez vous des pays où la mixité économique est plus développée ?

Je ne suis pas une experte de la mixité, mais je regarde beaucoup les mouvements citoyens dans le monde. Nous observons que dans les pays pauvres, beaucoup de femmes entrepreneures montent de petites entreprises d’économie de subsistance pour reprendre en main leur avenir. Elles montent des projets pour le destin collectif. Cela me fascine. Le lendemain de l’élection de Donald Trump, la Women March s’est organisée partout dans le monde. Des femmes d’Afrique, de Chine, du moindre pays se sont levées pour dire qu’elles ne voulaient pas de ce monde là. Il y a chez la femme une puissance énorme qu’il faut laisser s’exprimer. Je parle de puissance chez la femme et non de pouvoir. Les hommes sont nombreux dans les lieux de pouvoir. Les femmes semblent avoir moins d’attirance pour ces environnements. Ou elles n’y sont pas bien venues. Pour moi, la puissance émerge quand on abandonne l’idée de pouvoir. Les femmes laissent émerger toute la puissance qu’elles mettent derrière un projet, et non le pouvoir qu’on met derrière l’envie de diriger.

Pourquoi pensez vous que de plus en plus de femmes créent leur entreprise ?      

Nous sommes à la fin d’un monde assez patriarcal dans lequel les femmes avaient peu de place. Le nouveau monde qui émerge par l’économie collaborative et par toutes les économies qui sont autour du développement durable et de l’écologie est vraiment très accueillant pour les femmes. Etre femme n’y est pas un sujet. De même que ce n’est pas un sujet d’être jeune pour y monter une entreprise. Tout cela se fait très naturellement. Elles ont moins besoin de prendre le pouvoir. Ce sont des milieux plus ouverts au bien-être, à la maternité, au respect des rythmes de chacun. Nous sommes moins dans un monde de compétition dans lequel chacun doit rentrer dans des cadres, travailler comme des fous, ne pas avoir de vie de famille. Je suis un peu sortie de ces cadres là et je vois vraiment la différence. Beaucoup de jeunes femmes montent des entreprises. Elles naviguent très bien dans cette énergie collaborative. Cette génération n’a pas les mêmes freins que nous, ni le désir ou le besoin d’être homme pour réussir.

Le changement de société vers plus d’égalité doit donc être insufflé par la femme ?

Oui. Je n’ai pas envie d’avoir l’égalité dans ce monde là, ni que les femmes deviennent l’égale des hommes. J’ai envie d’amener plus de féminin dans la société afin de créer une société dans laquelle la part féminine et la part masculine sont complémentaires. Il faut respecter nos différences. Elles sont intéressantes. C’est quand elles sont assumées, quand le féminin et le masculin sont complémentaires, qu’il se passe des choses intéressantes.

POUR ALLER PLUS LOIN : La suite de l’entretien en vidéo